Kabila condamné à mort par contumace, tandis qu’à Yaoundé 6, le maire distribue 4 000 FCFA aux soutiens de Biya. Toute l’Afrique de l’Ouest est en pleine reconquête politique. Découvrez les coulisses de ces manœuvres qui secouent la région.
La scène s'est déroulée dans l'un des arrondissements les plus peuplés de la capitale camerounaise. Jacques Yoki Onana, maire de Yaoundé 6 depuis 2017 et figure montante du RDPC local, n'y est pas allé par quatre chemins. Devant plusieurs centaines de participants rassemblés pour soutenir la candidature de Paul Biya à l'élection présidentielle du 12 octobre 2025, il a procédé à une distribution méthodique d'enveloppes contenant chacune 4000 francs CFA, soit environ 6 euros. Une somme dérisoire pour un Européen, mais qui représente près de deux jours de salaire minimum au Cameroun.
Cette pratique n'est pas nouvelle dans le paysage politique camerounais, mais sa visibilité assume une dimension inédite. Les vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des files d'attente disciplinées, des sourires de circonstance et une organisation quasi-militaire de la distribution. "Chacun prenait son enveloppe et repartait content", témoigne un participant. "Au moins, on ne perd pas notre temps pour rien." Cette phrase résume à elle seule l'état d'esprit d'une population qui ne croit plus aux promesses politiques mais accepte encore les compensations immédiates.
Le timing de cette opération n'est pas anodin. Alors que la campagne officielle n’a commencé que le 27 septembre, le RDPC multiplie déjà les "activités de mobilisation" dans tous les arrondissements de la capitale. Ces rassemblements, officiellement présentés comme des meetings de soutien spontané, s'apparentent en réalité à une vaste opération de séduction financière de l'électorat. Les budgets mobilisés sont colossaux : rien que pour Yaoundé 6, qui compte environ 300 000 habitants, la facture de cette seule distribution approche les 50 millions de francs CFA si l'on considère qu'au moins 12 000 personnes étaient présentes.
Cette générosité soudaine contraste violemment avec la situation économique dégradée du pays. Tandis que les enseignants poursuivent leur grève pour réclamer des arriérés de salaires, que le coût de la vie explose et que les nouvelles cartes d'identité coûtent quatre fois plus cher que les anciennes, le RDPC trouve miraculeusement les moyens de distribuer de l'argent liquide. Cette contradiction n'échappe à personne et alimente les critiques sur l'utilisation des deniers publics à des fins électorales.
L'initiative de Yoki Onana s'inscrit aussi dans une stratégie plus large de consolidation de son pouvoir local. Le maire de Yaoundé 6 traverse actuellement une période de turbulences avec son deuxième adjoint, Virginie Simone Ngah, qu'il accuse de vouloir l'évincer lors des prochaines élections municipales. Cette distribution d'argent peut donc se lire comme une démonstration de force, un message adressé autant à ses rivaux internes qu'à sa base électorale : "C'est moi qui contrôle les ressources, c'est moi qu'il faut suivre."
La méthode révèle également l'évolution des pratiques du RDPC face à un électorat de plus en plus exigeant. Fini le temps où les promesses de développement suffisaient à mobiliser les foules. Aujourd'hui, il faut du concret, de l'immédiat, du palpable. Cette évolution traduit une crise de confiance profonde entre les dirigeants et les citoyens, mais aussi l'émergence d'un clientélisme assumé comme mode de gouvernance. Le parti au pouvoir ne gouverne plus par l'adhésion idéologique mais par la redistribution ciblée de ressources.
La Haute Cour militaire de Kinshasa a secoué le paysage politique congolais en condamnant Joseph Kabila à la peine capitale par contumace pour trahison et complicité avec le mouvement rebelle M23. Le verdict prononce également une amende colossale de 33 milliards de dollars de dommages et intérêts, accusant l’ex-président d’avoir financé et supervisé des opérations rebelles dans le Kivu.
Cette décision inédite ravive la guerre des clans en République démocratique du Congo : la majorité présidentielle dénonce un « procès politique », tandis que l’opposition loue enfin une « prise de responsabilité judiciaire » face aux crimes d’État. La diaspora congolaise, depuis Bruxelles et Paris, appelle à la « résistance civile » et organise des manifestations devant les ambassades. Sur la scène internationale, l’inquiétude grandit : la fragile transition vers la paix, déjà mise à mal par les exactions de plusieurs groupes armés, pourrait basculer dans un cycle de vengeances et de violences qu’aucune force de maintien de la paix ne pourra contrôler.
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